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"HORIZONS" Une lecture du recueil de Montaha Gharib/Claude Donnay par Jean-Louis CORNELLIE

Publié le par Claude Donnay

"HORIZONS"  Une lecture du recueil de Montaha Gharib/Claude Donnay par Jean-Louis CORNELLIE

LECTURE DE "HORIZONS" de Montaha GHARIB et Claude DONNAY

Un recueil paru en 2015 chez Bleu d'Encre Editions

 

Une déjà longue complicité me lie, par l'écriture, à Montaha et Claude. Montaha Gharib est libanaise, Claude Donnay est belge. Tous deux exercent leur talent aux confins des paysages où se mêlent les sensibilités, les couleurs, les transparences des rêves. Les voici réunis en poésie. Modestement je crois savoir ce qu'est écrire de concert ou en duo, comme l'on chante ensemble ou séparés. Il s'agit ici d'un recueil à deux voix : écoutez-les, partagez les parfums orientaux et les brumes nordiques. Respirez, expirez : voici le souffle des "Horizons". Léger, sur l'épaule du rêve. Croisez les vertiges du jour.

Le recueil 'Horizons" se divise et se complète en un ordre numérique de un à dix-neuf. A deux voix, trente-huit respirations différentes. Les temps partagés ou complétés : deux voix, deux sensibilités différentes.

 

TEMPS 1 : Entre les oliviers, dans le corps de l'olivier, à l'abri de l'écorce, mûrit le rêve de l'olive ! Voici bien les rêves de Montaha et Claude.

 

TEMPS 2 : "J'invente les mots à l'eau du jour" signe Montaha et Claude lui répond : "La vie allonge son ombre pour boire à l'horizon du jour". Superbe.

 

TEMPS 3 : L'expression "des cœurs funèbres" me semble osée (MG) et "un sourire d'ailes" lui répond (CD).

 

TEMPS 4 : Ici "une vague de spleen" fait trop songer à un poète maudit mille fois cité. Aussitôt, ô baume de lumière, "un désir file invisible entre mes doigts". Claude Répond :"On nomme l'absence comme le satin d'une chemise". Jolie image.

 

L'heure, on le sait, est vagabonde, voici le TEMPS 5 : "Un brin d'espoir fleurit" et un soleil darde ses rayons. Finale de Claude : "Tout en racines, tendu à brasser le ciel, pour un soleil pris dans les rets du jour". Limpides images de Phébus.

 

TEMPS 6 : Tout est ici papillon qui se défrise les ailes. "Et le chant des oliviers" griffe. Montaha parle de solitude. Oscille le charme de la vie. Solitude partagée. On la dompte telle une bête de cirque ?

 

TEMPS 7 : "Pépite de feuilles et de rêves déchus et dans l'ombre ébréchée (splendide image) je tourne les pages d'un livre enraciné".

Plutôt que les rêves déchus, j'eus écrit les rêves échardés…

 

TEMPS 8 : Oui, voici la "lumière qui porte ses valises", "la vie à nouveau afflue", là, découvre-t-on le fleuve touché le mescaret nippon ?

Etincelle : "Une femme attend un regard qui déroute la vie". Image osée : "confus de désirs et rêves larvés".

 

TEMPS 9 : On "cisèle le cadeau du jour dans le vol de l'oiseau" (lyre ?). Moins heureux, Claude cite "la mouette engluée dans mon ventre". Enfouie ? "On tente de respirer les nuages".

 

TEMPS 10 : Ici Montaha monte en ligne : "Des aiguilles tricotent le bonheur de ta jeunesse", tendre trait. Et "les papillons", non, "les couleurs papillonnent".

Respiration. Les amitiés effilochées, les papillons aux ailes chiffonnées et l'image de Claude, délicate : "seul viatique / le pli d'une lèvre / voyage avec toi".

Dix sur dix.

 

TEMPS 11 : Montaha : "Je crève les nuages jusqu'à l'aveuglement" semble faible mais "une étoile témoigne", solitaire.

Claude : "Au gris d'un jour de traîne", on ferme les yeux.

 

TEMPS 12 : "Engloutie au sombre d'un puits", même les arbres pleurent. Le temps s'arrache des larmes pour moi non stagnantes. "Le temps avale ton cœur". L'image de supplicier les oiseaux ou l'oiseau dans les nues me fait froid dans le dos.

 

TEMPS 13 : "Et le temps / Inlassablement fuit / Sans même rider l'eau / De ton cœur". Souffle de Supervielle ou de René-Guy Cadou.

 

TEMPS 14 : Montaha décrit la peur au ventre "Toujours cette peur tapie dans le miroir". Un miroir à deux faces ? Aie, on y est : "Cette peur de décevoir à la lisière du jour".

 

TEMPS 15 : Montaha : "Dans le couchant de tes yeux" (vois-je le Ponant ?). Superbe tempo : "Les écailles dorées du soleil levant dans le couchant des yeux absents". Le monde miroite pour elle. "N'entame pas le monde" lui répond Claude. Et ce "couchant de ses yeux" écrit tout.

 

TEMPS 16 : "On écale le matin d'un ongle discret", "un brin de silence dans le matin froid". "Je chemine vers toi ma vie". "Tapi dans le jaune, un pas se réveille". Je "mélange" les poèmes comme l'artiste le violet et le mauve.

 

TEMPS 17 : "La cupidité de notre temps" rejoint-elle la souffrance, Montaha ?

"On interroge l'horizon". Il ne referme ni la plaie ni le mal de vivre.

 

TEMPS 18 : superbe de bout en bout, d'une page ou plage à l'autre. "Et le vent ne leur laisse que la cendre des ans". "C'est la soie coulant du ciel". Equilibre, concision : le meilleur temps. Il irradie.

 

TEMPS 19 : Le plus beau ? Oui, "nous marchons une croix sur le dos". Pluie et regrets (CD). "Il cercle son passé". (MG)

 

Un très beau recueil emmitouflé dans le loden des pensées. On y trouve les yeux, les papillons, la solitude et le soleil des dieux. Les matins aux joues pleines, le chêne et le roseau, l'olivier. Parcourez les "Horizons", sautez d'une strophe à une métaphore. A perte de vent, découvrez Montaha Gharib et Claude Donnay, conjuguez, croisez "les parfums de l'Orient aux brumes du Nord". Goûtez à l'éternelle peur du silence.

 

Jean-Louis CORNELLIE

 

Montaha GHARIB et Claude DONNAY, Horizons, Bleu d'Encre Editions, 2015, 2 €.

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