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Montaha Gharib a lu le prix Goncourt 2016

Publié le par Claude Donnay

Montaha Gharib a lu le prix Goncourt 2016

Leila SLIMANI   Chanson douce, Gallimard, 2016.     

Leila Slimani, jeune écrivaine marocaine née en 1981, a reçu le prix Goncourt 2016 pour son deuxième roman "Chanson Douce" paru aux éditions Gallimard...  ces deux lignes m'ont incitée à lire ce roman.

Leila Slimani est l'auteur de deux romans seulement : le premier, "Dans le jardin de l'ogre"(dont le sujet est l'addiction  sexuelle féminine) a été écrit en 2014 et a lui aussi été sélectionné, pour le prix de Flore... Et voilà son deuxième livre, Chanson douce, qui reçoit le  prestigieux prix Goncourt...

Donc on est devant une jeune auteure prometteuse qui a réussi un coup de maître, et la curiosité te pousse à lire ses romans pour découvrir ses talents si exceptionnels, paraît-il...

A vrai dire dès l'incipit j'ai été sidérée... J'ai lu "Chanson douce" d'une  traite, si on peut dire, ne pouvant m'arrêter que pour accomplir quelques  tâches indispensables et retourner au livre plus assoiffée de savoir la suite des événements. Ce qui est étrange, car le roman commence par la fin. Dès  le début, on sait qu'un bébé est mort, que l'autre est en train d'agoniser, que la mère pousse des cris inhumains et qu'une nourrice a essayé de se suicider en se coupant les veines et en se plantant un couteau dans la gorge sans réussir à mourir, qu'elle a néanmoins su donner la mort...  Bref on sait que c'est la nourrice qui a tué les enfants… Fin tragique qui ne sied pas au titre du livre. Il s'agirait  plutôt d'une mélodie funèbre.....

Mais malgré cette structure, Leila Slimani a su très bien nous tenir haletants, à suivre le fil des évènements, impatients… Le suspens n'a jamais faibli, au contraire,  il s'est accentué, de plus en plus fort, de plus en plus fascinant.  Les évènements se sont succédé comme si rien ne s'était passé, mais préparant tout pour ce dénouement sanglant....

C'est l'histoire d'un trio, Myriam et Paul, jeune couple parisien, et la nourrice Louise...
Myriam, jeune mère que l'arrivée de deux enfants dans  son monde, a perturbée, sent qu'elle  n'a plus de vie, se néglige, dépassée par tout.  Mais voilà qu'un ami lui offre l'occasion de reprendre son boulot dans un cabinet d'avocats.  Elle est alors obligée d'engager une nounou malgré les réticences de son mari.  Louise est choisie après un casting très sévère et réussit à conquérir dès la première minute  le cœur, et des enfants, et du couple.  Rapidement elle est devenue indispensable à la famille.  Ce n'est pas du tout une simple nounou c'est une nounou fée, elle sait tout connaît tout, de la cuisine aux plats exquis, aux repas préparés minutieusement, aux rangements. Les enfants l'adorent, elle les  emmène au parc,  leur achète des cadeaux, assure leur confort physique et psychique, à eux et à leurs parents...  La relation entre Myriam  et Louise est devenue fusionnelle.  Les parents s'acharnent à leur travail avec engouement.

Mais peu à peu quelques comportements de Louise agacent le couple et au lieu de voir de quoi il s'agit, ils commencent à prendre des distances avec la nounou, ne lui parlant que du strict nécessaire ou la grondant tout en lui confiant à cent pour cent leurs gosses.  L'ambition, l'engagement pour leur carrière les aveuglent.   Tout au long du roman Leila Slimani ne cesse de décortiquer la psychologie de la nounou pour nous préparer à sa folie et à ce meurtre d'enfants...

Et ce faisant, elle  terrorise les jeunes couples entrainés  par le stress de cette vie mondaine, qui font appel à une nounou pour quelle s'occupe de leurs enfants,  tout en décrivant en même temps la vie de ces pauvres immigrés démunis, sans papiers, qui donnent le confort aux autres tandis qu'ils délaissent leurs propres enfants...

Ce dont je suis sûre, c'est que ce roman va angoisser les jeunes mamans ambitieuses qui rêvent d une belle carrière et qui confient leurs enfants à ces pauvres immigrées inconnues qui sont bourrées elles aussi de problèmes psychiques, matériels, etc... On ne connait rien d'elles, on leur fait une confiance  aveugle en leur abandonnant les gamins... Et on les traite avec mépris, dans un rapport de dominants à dominés, d'employeurs à employés...  et quand on n'aura plus besoin de ces pauvres, on les rejettera sans tenir compte de l'attachement mutuel des enfants et des nourrices...

Leila Slimani  a réussi à nous tenir en haleine avec un style si simple et singulier,  avec une narration si bien maitrisée,  avec un rythme si lancinant  et des chapitres courts, sans jamais de jugement ni d'excès de sentimentalité, ni aucun rebondissement....  On termine ce roman, cherchant encore entre les lignes des détails  qui n'ont pas assouvi notre faim ... On relit le premier chapitre, peut-être nous apprendrons encore quelque chose mais on ne trouve que ce qu'on a lu la première fois...  Leila a expressément adopté les ellipses pour laisser à notre imagination le plaisir de reconstruire  le roman comme nous l'aurions aimé...
L'impression d'inachevé nous hante après avoir terminé ce roman…


On ne peut qu'admirer cette jeune écrivaine de talent et attendre impatiemment d'autres romans aussi bien réussis que Chanson douce ...

A signaler qu'un nouveau roman de Leila Slimani a vu le jour en novembre 2016 intitulé "Le diable est dans les détails".

 

                                                                                  Montaha GHARIB

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